Écrivain, poète, peintre, conférencier, dessinateur, William Morris (1834-1896)  fut aussi imprimeur, architecte. On connaît bien ses œuvres picturales, un peu ses traductions des sagas norroises. On a oublié quel fervent militant socialiste il fut, co-fondateur de la Socialist League en 1884. Sa démarche, en fondant le mouvement Arts and Crafts, relevait pourtant du même idéal de société. On connaît un peu les peines de  sa vie sentimentale. Il a fidèlement suivi la fraternité des Préraphaélites, et fut le mécène silencieux de plusieurs de ses artistes. Lorsqu’il mourut, en 1896, Burne-Jones déclara que ses amis et lui avaient perdu leur roi Arthur. (ci-dessous : Burne-Jones et Morris)

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Yeats lui rendit hommage à maintes reprises :

William Morris était un prophète au sens littéral du terme – le seul sens noble que ce mot puisse d’ailleurs revêtir. Sa vision d’une vie parfaite que le monde s’efforcerait d’engendrer sans cesse (comme l’enseignait Jacob Boehme) inspirait en effet chacune des activités de son industrieuse vie : sa redécouverte de la tapisserie médiévale et de l’art du vitrail, ses archaïques caractères d’imprimerie, ses rêves de Sigurd, Gudrun et Guenièvre, ses essais consacrés à l’absence de beauté de nos vies et de notre art, ses prédications proclamées dans les parcs et aux coins des rues, son éloge des révolutions, ses marches à la tête des foules et sa féroce colère à l’égard de toutes ces choses que l’on se plaît à honorer.

Ou encore : La beauté, qui, pour d’autres, était une vision solitaire, un mystérieux don de Dieu, fut toujours pour lui une sorte de toison d’or, une île heureuse, ou quelque puits au bout du monde que l’on n’atteint qu’après moult périls et épreuves terrestres, et dont la découverte (dans tous ses derniers livres en tout cas) profite au monde lui-même. De tous les rêveurs de notre époque, William Morris était quasiment le seul à accepter la vie et à la trouver belle. C’est précisément pour cette raison qu’il percevait, dans les trivialités et imperfections de celle-ci, le Paradis terrestre dont l’avènement est promis à la fin des temps.

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Mais qui se souvenait de son œuvre romanesque ?

Quêtes initiatiques, univers merveilleux, épreuves, sorcières, chevaliers, vengeances et amours… Des textes qui empruntent à la saga, au poème courtois, à l’aventure chevaleresque, mais tiennent aussi de la réflexion philosophique et politique. Dans sa littérature comme dans sa vie, William Morris aborde, mêle, fusionne tous les genres. Il situe ses intrigues dans un monde imaginaire, pas dans un monde rêvé ni dans un monde de féerie (même si les fées y sont présentes), ni dans un monde d’anticipation. Son monde imaginaire, à la source de la fantasy anglaise, eut une grande influence sur ses successeurs, Lord Dunsany, CS Lewis ou JRR Tolkien. Morris publia ses romans en auto-édition à son imprimerie,  Kelmscott Press. Non content de les écrire, il s’était attaché à la mise en page, à la composition, à créer des éléments décoratifs et jusqu’à des caractères typographiques. Car telle était sa conception de la noblesse de l’artisanat.

On ne peut que remercier les éditions Aux Forges de Vulcain (http://www.auxforgesdevulcain.fr) d’avoir édité la traduction de quatre romans de Morris. Et mieux encore, se réjouir que cette initiative vienne d’être récompensée par le prix spécial du jury du festival Les Imaginales

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 Le lac aux îles enchantées – Une jeune femme d’une grande beauté, prisonnière d’une sorcière, un bateau magique qui se nourrit de son sang, un lac parsemée d’îles enchantées ou maléfiques, une fée protectrice – et ce n’est pas tout – se croisent dans ce roman d’apprentissage et d’épanouissement féminin.

Le Pays Creux : « « Savez-vous où il se trouve – le Pays Creux ? Depuis longtemps, maintenant, j’en suis à la recherche, j’essaie de le retrouver – le Pays Creux – car c’est là que j’ai vu mon amour pour la première fois. » Au Pays Creux, passage entre la terre et l’au-delà, se déroule la quête du jeune chevalier Florian.

Le puits au bout de monde, Tome I, La route vers l’amour – Le plus jeune fils d’un roi décide de partir en quête d’aventures et de vivre la vie d’un chevalier errant. Lorsqu’il apprend l’existence d’un puits magique à l’eau miraculeuse, il se met en devoir de le découvrir.

Un rêve de John Ball – Rêverie fantastique, nouvelle, traité philosophique, manifeste politique : tel se lit ce voyage onirique d’un militant socialiste anglais transporté à la fin du 14e siècle auprès de John Ball, prédicateur anglais, meneur charismatique d’une révolte paysanne contre le servage (John Ball a réellement existé).