Notre fidèle ami Dominique Delgrange, au savoir héraldique profond et fiable, nous le signale : « la Bibliothèque municipale de Lille a mis en ligne son bel armorial des chevaliers de la Table ronde, au dessin et à la calligraphie si soignés. » Comme beaucoup d’armoriaux de la fin du Moyen Âge, celui-ci s’inspire principalement du Lancelot-Graal, du Tristan en prose et surtout de Guiron le Courtois, un roman très apprécié dont l’intrigue reprend des événements précédant les deux textes cités plus haut.

Le manuscrit mis en ligne (le n° 329) date de la fin du XV° siècle, siècle des grands armoriaux de la Table Ronde. Ceux-ci respectent les lois de l’héraldique historique en les appliquant à un univers imaginaire. Ils permettent d’identifier les personnages des romans arthuriens et sont d’une aide précieuse pour les ateliers d’enluminure.

Une soixantaine de ces armoriaux enluminés, répertoriant jusqu’à deux cent vingt-quatre chevaliers de la Table Ronde, subsiste dans les bibliothèques européennes. La Bibliothèque Municipale de Rennes en conserve un très intéressant.

Dès le XIV° siècle, l’héraldique, débordant du terrain proprement guerrier, a investi le domaine quotidien, celui des fêtes, des banquets, des tournois, mais aussi celui du décor des monuments, des objets d’art, des objets de la vie quotidienne.

Les figures de l’Ancien Testament, les dieux grecs ou latins, les empereurs et les conquérants de l’Antiquité ou du monde païen et barbare ont été dotés d’armoiries, et les figures légendaires arthuriennes n’ont pas échappé à l’attribution d’un blason.

Dès le XIIe siècle, les auteurs des romans arthuriens ont défini les armoiries de leur héros. Mais cette héraldique primitive n’est pas encore illustrée et souffre surtout d’être instable, les blasons changeant au fil des romans (et parfois au cours d’un même récit).

Au cours du XIIIe siècle, Arthur, Lancelot, Galaad acquièrent des armoiries stables, c’est-à-dire décrites ou dessinées de la même façon d’un auteur à l’autre. Les autres compagnons de la Table Ronde, même les plus illustres, Gauvain, Perceval ou Tristan, attendront la fin du XIVe siècle.

Quelques personnages, et non des moindres – des rois comme Uther, des princes comme Méléagant, des héros de romans comme Cligès ou Durmart le Gallois – n’ont jamais eu de blason identifié, alors que des chevaliers qui jouent à peine les utilités jouissent d’un blason en bonne et due forme. On remarquera aussi qu’aucun personnage féminin, même royal, n’est mentionné dans ces armoriaux légendaires qui restent en cela aussi très conformes aux armoriaux historiques.

Pour résumer, l’héraldique arthurienne applique à une matière légendaire les mêmes règles et codes que l’héraldique historique. Les armes sont allusives, symboliques, parlantes. Les grands héros, Gauvain, Lancelot, Arthur, Palamède, jouent le rôle de chef de lignage et rassemblent autour d’eux frères et neveux. Les filiations surnaturelles figurent rarement sur les blasons. Comme le héros arthurien se marie peu et a rarement des héritiers, sa lignée n’évolue que sur une ou deux générations.

Le lien : http://numerique.bibliotheque.bm-lille.fr/sdx/num/champ?f=subject&v=Chevaliers+de+la+Table+ronde+%28personnages+l%C3%A9gendaires%29

Léodegrand et Gauvain, armorial des Chevaliers de la table Ronde, bibliothèque de l’Arsenal n° 4976.