John Atkinson Grimshaw, The Lady of Shalott, 1878.

Une nouvelle vie littéraire s’ouvre pour la demoiselle d’Astolat au XIXème siècle. Sous la plume d’Alfred Tennyson, elle prend alors le chemin dune postérité qui ne la quittera plus.

Gustave Doré, Elaine, 1867.

Au XIXe siècle, Lord Tennyson, qui domine le monde des lettres anglaises pendant une bonne partie de l’ère victorienne, écrit en 1833 puis modifie en 1842, The Lady of Shalott, un poème consacré au mystère de la demoiselle d’Astolat. En 1865, Lancelot et Elaine, une de ses Idylles du roi s’inspire d’une adaptation italienne du l’épisode du roman français La Mort du roi Arthur. En 1862, Tennyson publie les Idylles du roi, un recueil d’une douzaine de longs poèmes qui mettent en vers le monde de la Table ronde et ses principaux personnages. Il y reprend, sous le titre Lancelot et Elaine, la triste histoire de la jeune fille morte d’amour, en s’inspirant d’un roman italien du XIIIe siècle, lui-même inspiré de la Mort du Roi Arthur.

C’est dans cette œuvre qu’Elaine est surnommée « the lily maid of Astolat », le lys d’Astolat, et qu’on trouve l’épisode du bouclier de Lancelot sur lequel veille religieusement la jeune fille et pour lequel elle a brodé un étui de soie, ainsi que celui des diamants jetés par la reine Guenièvre sur la barque mortuaire.

Longuement développé, plus chargé, abondant en grands sentiments, remords et chagrin, le poème n’a pas le charme et le mystère de The Lady of Shalott où Tennyson a épuré le récit et l’a sublimé. Il lui a surtout donné un air ancien, une aura de mystère et de fatalité qui le rend irrésistiblement séduisant pour la société victorienne attirée par le surnaturel.

Hélène est condamnée à ne pas voir le monde réel, à n’en connaître que le reflet. Elle doit se consacrer à représenter cette vision désincarnée sur une tapisserie qu’elle tisse sans répit. Jamais elle ne doit quitter sa tour pour aborder au monde réel, sous peine de mettre en œuvre une terrible malédiction. Ainsi enfermée, elle finit par ressentir une grande lassitude à vivre au sein de cet univers trop clos. C’est le moment où, dans le miroir qui réfléchit la réalité, elle voit arriver Lancelot. Sa force, sa beauté, son éclat, la musique qui l’accompagne la frappent si fort qu’elle abandonne son ouvrage et quitte sa tour. La malédiction s’abat sur elle ; elle s’embarque seule sur la rivière qui serpente au pied de son château, la mort la prend et son corps sans vie dérive jusqu’à Camelot. Lancelot aura un instant d’attention pour elle, mais ne saura pas qu’il est la cause de sa mort.

Edward Reginald Frampton, Elaine.

Raoul Vitale, Lady of Shalott.

L’histoire de la belle morte a été l’objet de bien des décryptages. D’abord l’impossibilité qu’il y a pour le poète à vivre à la fois dans la réalité et dans les visions de son inspiration ; ou le sort réservé par la société victorienne aux femmes. On n’a peut-être pas assez souligné la magie, la féerie, la force de la malédiction, le rappel des anciennes légendes dans l’inspiration de Tennyson. La demoiselle d’Astolat s’accomplit dans son passage vers l’Autre Monde, elle appartient à la fois au genre humain et à la race féerique, comme le disent les paysans alentour, et comme en témoignent sa blancheur lumineuse, son chant, ses apparitions nocturnes, sa fonction de fileuse…

Hélène d’Astolat a été, également, une source d’inspiration majeure dans la peinture des préraphaélites, des symbolistes ainsi que de nombre d’artistes de l’Âge d’or de l’illustration. Une centaine d’œuvres au moins célèbrent la jeune fille, et certains peintres, comme Waterhouse ou Holman Hunt, ont tout au long de leur carrière, multiplié les représentations qui lui sont dédiées. Mais, curieusement, l’histoire de la belle morte ne rencontra qu’un faible écho en France, son pays d’origine, où peu d’œuvres lui sont consacrées.

Et pour terminer, toutes celles que nous n’avons pu intégrer à l’article avec des noms non moins reconnus : Howard Pyle, Eleanor Fortescue-Brickdale, Don Gabriel Rosetti, Donato Giancola ou encore George Edward Robertson.