Tempête rageuse d’aujourd’hui, vent farouche et souvenirs d’un temps où l’hiver brisait les roseaux et faisait trembler les cerfs. Voici quelques poèmes gallois des VIIe ou VIIIe siècles, conservés dans des manuscrits du XIIe au XIVe siècles. Une maîtrise acérée des mots, une ascèse plus évocatrice que l’abondance sémantique.

Le vent est coupant, nue est la colline ; il est difficile de trouver abri.
Le gué est peu praticable ; le lac est gelé ; un homme pourrait tenir debout sur un roseau.
Vague sur vague couvrent le côté de la terre.
Le vent hurle haut sur les sommets élevés.
A peine peut-on tenir dehors. [1]

Ce poème-ci, la leçon d’un druide peut-être, qui mêle la sagesse et les regrets du sage vieillard à la respiration de la nature.

Aux calendes d’hiver, grain dur, feuille tombante ; mare pleine dès le matin, avant qu’on sorte.
Malheur à qui se fie à l’étranger.
Aux calendes d’hiver, les chevreuils sont maigres ; la tête du bouvreuil jaunit ; la maison d’été devient veuve.
Malheur à qui fait un reproche pour une bagatelle !
Aux calendes d’hiver, se courbe le bout des branches ; le désordre sort habituellement de la tête du méchant ; là où il n’y a pas le don du génie, il n’y aura pas d’instruction.
Aux calendes d’hiver, les cerfs pâtissent.
Malheur au malade, quand les astres ont fourni une courte carrière !
En vérité, mieux vaut bonté que beauté.[2]

La lamentation de Llewelyn ap Gruffudd : la mort du dernier prince gallois, en 1282, sonna le glas de l’indépendance du Pays de Galles. Images hivernales, quand finit un monde.

Mon cœur est froid dans ma poitrine, de crainte et de pitié Pour le seigneur, porte de chêne, d’Aberffraw…
Ne voyez-vous pas le chemin du vent et de la pluie ?
Ne voyez-vous pas les chênes qui se heurtent ?
Ne voyez-vous pas la mer fouettant la terre ?
Ne voyez-vous pas la vérité en train d’accoucher ?
Ne voyez-vous pas le soleil qui se hâte dans le ciel ?
Ne voyez-vous pas les étoiles qui sont tombées ?[3]

Et pour finir, un court quatrain irlandais, pour souligner les avantages du froid de l’hiver quand rôdent les Vikings…

Piquant est le vent cette nuit.
Il tourmente la chevelure blanche de l’océan.
Cette nuit les guerriers violents de la Norvège
Qui parcourent la mer d’Irlande ne me font point peur.[4]

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[1] Traduction de Léon Fleuriot
[2] Traduction Théodore Hersart de la Villemarqué
[3] Traduction Christian-J. Guyonvarc’h
[4] Traduction Grace Neville