Le loch Tay au soleil couchant. Un des lieux de tournage du film. © DR.

Dans son dernier livre, Philippe Le Guillou retrace le parcours de sa vie d’enfant, d’homme, d’écrivain à travers les lieux qui ont inspiré son œuvre et qui l’habitent aujourd’hui encore, terres de rencontres d’hommes et de femmes, présences essentielles, anonymes ou célèbres.

Dans ce voyage d’une vie, l’ancrage irlandais est par deux fois évoqué. Une de ces escales a lieu à l’entrée de l’automne 1992. Nous partîmes sur un des navires de la Brittany Ferries (Claudine et Hervé Glot, accompagnés de Philippe Le Guillou) porteurs des reliques du film Excalibur que Boorman nous avait confiées : épée, collier d’Arthur, heaume de Mordred, photos, scénarios, storyboards… et un graal ! Après l’exposition de Comper en 1991, tout était resté pendant presque une année en Bretagne. C’était un beau retour et un arrachement en même temps… Voici le souvenir qu’en a gardé notre cher ami et co-président :

John Boorman dans son bureau avec le casque de Mordred.

Le Graal (photo H. Glot)

« Pour les fervents de la matière de Bretagne et du mythe arthurien, le film Excalibur, sorti en 1981, a très heureusement compté et loin des trahisons clinquantes et commerciales qu’on déplore trop souvent, Boorman, en amateur éclairé, a su servir la légende avec beaucoup de sensibilité et de justesse. De la geste arthurienne, il a rendu la violence des conflits et des passions, le mystère – celui de la pierre qui libère l’épée magique –, le rôle des talismans, l’épée et la coupe, l’importance du monde naturel très présent avec ses eaux, ses rochers, ses arbres, la scansion des saisons aussi, l’hiver des terres gastes et la promesse de la reverdie. L’exposition au château de Comper, dix ans après la sortie du film, montrait quelques éléments essentiels d’Excalibur, les carnets préparatoires, des armes, des heaumes, des costumes, le somptueux manteau aux couleurs de fougère et de tourbe que portait Merlin, le masque doré et crépu de Mordred, l’armure étincelante de Lancelot, l’épée d’Arthur, bien sûr, et le Graal qui se présentait comme un calice liturgique.

Le tournage achevé, Boorman avait l’habitude de garder un ou deux objets qui l’avaient marqué ; ainsi c’étaient les coiffes des Indiens de La forêt d’Emeraude qui décoraient la véranda de sa maison du Wicklow. Dans nos bagages, nous transportions donc le Graal qui avait voyagé de l’Irlande à l’Armorique, séjourné un été dans un château de Brocéliande, près du beau lac de Comper bordé d’éperons de schiste rouge, puis traversé la mer pour retrouver l’Irlande. Les hasards d’une exposition, du prêt et de la restitution d’un objet nous mettaient dans les pas des quêteurs anciens, et ce voyage se chargeait d’une force qui dépassait la seule anecdote, la coupe transportée étant, d’une certaine façon, bien plus que celle qui, pour des millions de spectateurs, resterait le Graal. »

Géographies de la mémoire, © Gallimard 2016, pp162-163.

Photo de tournage, Boorman et Nigel Terry (Arthur)

Parmi les photos de John Boorman, certaines ont été prises lors de sa venue en Bretagne d’autres chez lui, dans sa maison du Wicklow, pendant le tournage du documentaire coproduit parFR3 et le Centre Arthurien, et qui fut pendant des années diffusé à Comper.

Fort de l’ancienne Irlande (Burren)