Dimanche 5 février 2012. La lumière est froide et grise. Deux rameurs ont ouvert un chenal dans la glace qui a figé l’eau du lac de Viviane. Sur la rive forestière, le drakkar blanc souligné de rouge, barque votive pour le grand voyage. La voile en berne porte les runes et les oghams : Spered Keltiek. Dans la coque, sous un buisson de lys blancs, ont été déposées les cendres de la Dame blanche. Nous sommes soixante et dix au bord de l’eau des songes et des mirages, et déjà le vaisseau enflammé glisse doucement à la surface du miroir, sous le ciel noir, devant le château des ombres.

Le dernier drakkar

Le drakkar du souvenir

Soudain, tout s’immobilise au centre du lac tandis que le feu enfle et fait rougeoyer la pellicule de glace. Une voix chante a capella Fiddler’s Green, le port perdu. Et les instants s’éternisent en une nuée bleutée qu’étire et emporte le vent des souvenances. Le drakkar brasille encore, s’incline, s’immobilise, puis plonge, droit dans la profondeur du royaume du lac. La fée immaculée a accueilli la Dame blanche.

Ensuite, c’est le retour vers la salle des Gardes, le moment traditionnel où les vivants évoquent les souvenirs communs et où reprennent les projets, puis les rires. Il y avait de quoi réchauffer les cœurs et les corps (une mesure de survie… mais on a bu aussi beaucoup de café).

C’est à la demande de la famille d’Annie, et grâce à ses compagnons de l’association Spered Keltiek et du Centre arthurien, que ce moment du souvenir a eu lieu à Comper.

N’aies… crainte, Annie ! Il n’y avait rien de triste (ou presque), beaucoup de sérénité.

Les brumes de l'adieu