Détail du chaudron de Gundestrup.

Depuis la magistrale exposition Les Celtes du Palasso Grassi (1991), il y avait eu Les Celtes. Druides. Princes. Guerriers (1650 pièces !), 2010-2011 à Völklingen, et l’exposition L’Art des Celtes, à Berne en 2009 puis à Stuttgart en 2012. Mais en Grande-Bretagne, depuis quarante ans, il n’avait été organisé aucune exposition de l’importance de Les Celtes, art et identité.

Les Druides apportant le gui, George Henry, Edward Atkinso Hornel, Musée de Glasgow.

Voulue et réalisée par la British Museum et le National Musée of Scotland, elle réunit plus de 250 objets : de véritables chefs-d’œuvre ou des témoignages archéologiques remarquables. Une vingtaine de pièces valent à elles seules le déplacement, le chaudron de Gundestrup, les statues en pierre du Würtemberg, la broche de Hunterston, les torques d’or de Fenouillet, le bouclier de Battersea, le monumental torque de Trichtingen…

Articulée en trois parties, avec un prologue présentant quelques pièces emblématiques et une chronologie comparée, le début de l’exposition s’attache aux Celtes de l’Antiquité. La dernière partie, consacrée à la Renaissance celtique et très largement au néo-druidisme, laisse un peu sur sa faim. Elle permet tout de même de voir, Les cavaliers du Sidhe de John Duncan et Les Druides apportant le gui d’Hornel et Henry, deux tableaux inspirés qui reflètent l’imaginaire celtique à travers l’évolution de l’art au début du XXe siècle.

Les deux sont reliées par un ensemble de bijoux, objets de culte et croix de pierre qui rappellent quand et comment la christianisation gagna les royaumes celtiques.

On ressort ébloui de ce qu’on a vu, souvent pour la première fois, tout particulièrement par la virtuosité du travail du métal. On aurait cependant aimé que la dimension européenne de l’expansion celtique ait plus d’ampleur. On a majoritairement affaire aux Celtes de Grande-Bretagne : les trésors d’Irlande sont restés à Dublin, les magnifiques trouvailles des musées tchèques sont presque absentes. Les Gaulois ne sont pas énormément représentés, mais les pièces sont exceptionnelles, à commencer par le casque d’Amfreville ou des monnaies et des poteries d’Armorique.

 

On ressent aussi le problème posé par le choix du sous-titre. Il ne agit pas ici d’art, la notion est largement anachronique, mais bien d’un artisanat virtuose, qui recourt à des lignes épurés d’une ergonomie très moderne tout autant qu’à la (pro)fusion tournoyante des lignes et des entrelacs d’une fausse abstraction. Et qui ne sépare pas le sacré du quotidien dans les objets ainsi créés.

Il aurait fallu ainsi rappeler l’importance de l’artisanat dans le monde celtique, ne serait-ce qu’en citant les textes mythologiques qui classent le dieu forgeron dans la première fonction de la hiérarchie divine. On en trouve un écho, au Moyen Âge, dans la littérature galloise médiévale qui nous souligne qu’on ne laissait entrer à la cour d’Arthur que les fils de roi d’un royaume reconnu ou les meilleurs artisans.

Tête de cheval Stanwick.British Museum.

Ceci dit, il y a trop peu d’occasion de découvrir le patrimoine celtique pour ne pas apprécier la collection temporaire rassemblée là.

Un très beau catalogue accompagne l’exposition, en anglais uniquement, mais dont la qualité de l’iconographie justifie amplement l’acquisition.

Après quatre mois à Londres, l’exposition « Les Celtes, art et identité », organisée par le British Museum et le Musée national d’Ecosse s’installera à Edimbourg du 10 mars au 25 septembre 2016.