L’hiver semblait bien accroché à la forêt, aux branches nues, aux tourbières détrempées.

Pourtant le miracle de février se préparait, et en quelques jours les osiers se sont couronnés d’or rouge, les chatons de noisetiers embrument de vert les haies, la blancheur des brouillards, au matin, signe une terre qui se réchauffe doucement. Mars peut encore neiger, mais tout vibre autour de nous. En une semaine, les primevères ont déferlé sur les talus en éclats de lumière fraîche, quelques arbustes tracent de blanches comètes sur les troncs sombres…

Les étang se gonflent d’eau sous les giboulées annoncées par un ciel beaucoup plus foncé que les toits d’ardoise du château, et la fontaine de Jouvence se refait une jeunesse.

Mais un autre signe rappelle le tournant des saisons, plus cruel celui-là. Les arbres tombent, dans la forêt que l’on exploite, mais aussi dans toutes les haies, le long des routes. Les raisons économiques, pesantes, justifient cette année le massacre habituel. L’arbre abattu est la monnaie dont on paie le passage vers la saison nouvelle, et chaque grand chêne est menacé d’un lourd tribut. Ronsard déjà, voici quelques siècles, s’alarmait de cette mort végétale :

« Écoute, Bûcheron, arrête un peu le bras!

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas:

Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force

Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce?

Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur

Pour piller un butin de bien peu de valeur,

Combien de feux, de fers, de morts et de détresses

Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses ? »

Ronsard, extrait de Contre les bûcherons de la forêt de Gastines


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