” Jamais plus joli métier partout dans le monde que celui de Chevalier de la Table Ronde… “

A l’occasion des représentations données du 18 au 22 mars prochains à l’opéra de Rennes de l’opéra-bouffe parodique Chevaliers de la Table Ronde de Hervé,  voici une petite rétrospective musicale à l’attention des arthuriens mélomanes et de ceux qui voudraient le devenir.

Premières notes baroques

Le roi Arthur, souvent éclipsé de la Renaissance et au XIXème siècle, aura tout de même droit à deux œuvres majeures avant les réécritures des romantiques : Don Quichotte de Cervantès en 1605 et 1615 et King Arthur de Henry Purcell en 1691. Ce dernier écrit un semi-opéra en cinq actes. Aujourd’hui fréquemment proposée par les opéras français et allemand, il est longtemps resté dans l’oubli. Son emblématique Cold Song a fait le tour du monde, et nous vous proposons de la retrouver dans l’adaptation de Hervé Nicquet avec le Concert Spirituel et Shirley et Dino en 2004, filmée par un certain Olivier Simonnet, que nous connaissons par ailleurs comme réalisateur d’A la Recherche du Hobbit.

Épopées wagneriennes

Maître des opéras tragiques, Richard Wagner s’empare lui aussi de la Matière de Bretagne pour livrer trois œuvres uniques en leur genre. En 1848, son Lohengrin met en scène en trois actes le “chevalier au cygne” tiré du Parzival de Wolfram von Eschenbach. Suivront en 1865 les amours de Tristan und Isolde,  en trois actes eux aussi. Et après 40 ans passés dans l’ombre des Niebelungen, Wagner revient à la légende arthurienne pour sa dernière œuvre et livre en 1882 son magistral Parsifal, toujours en trois actes. Le morceau sélectionné pour illustrer ce tournant pour Arthur et ses compagnons dans leur aventure musicale, est un extrait bien connu des amoureux : la marche nuptiale, utilisée lors des mariages, provient directement de Lohengrin.

L’héritage de Wagner

D’autres compositions suivent de près les trois œuvres arthuriennes de l’autrichien, héritières jamais vraiment affranchies de la formule inaugurée par Wagner. C’est le cas d’Ernest Chausson, qui reprend la trame en trois actes pour son Roi Arthus en 1902, s’intéressant cette fois à la mort du roi Arthur, puisque l’opéra débute au crépuscule du royaume. L’espagnol Isaac Albéniz, qui écrit lui aussi en 1902 un dernier opéra, reprend la trame de la Le Morte d’Arthur de Thomas Malory pour donner naissance à Merlin, premier opus d’une trilogie qui restera inachevée. L’opéra n’est d’ailleurs monté pour la première fois dans sa version complète qu’en 1998. L’extrait choisi est l’avènement d’Arthur dans la version conduite par Jose de Eusebio en 2003.

Un compositeur américain à la cour du roi Arthur

Moins connue est l’œuvre de George Templeton Strong, un des meilleurs compositeurs romantiques américains. Il écrit en 1916 Le Roi Arthur (en français dans le texte). Poème symphonique d’environ quarante minutes, il est moins une évocation qu’une narration. Peu connue et peu enregistré, il faut se tourner vers le Moscaw Symphonic Orchestra qui l’enregistre en 2001. Il faudra vous tourner vers Deezer cette fois pour découvrir cette adaptation originale de la légende d’Arthur.

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive, pour découvrir d’autres œuvres de musique classique directement inspirés par la légende arthuriennes, rendez-vous sur notre discographie. L’opéra n’échappe pas à la règle : les grands récits de la Matière de Bretagne offrent décidément un répertoire privilégié pour les artistes et leurs œuvres narratives.

Pour conclure, nos Chevaliers de la Table Ronde de Hervé sont nés en 1867. Il semble que leur compositeur ait rencontré Richard Wagner et que les deux hommes, bien que souhaitant adapter la Matière de Bretagne, aient accouché d’œuvres singulièrement différentes. Pour ceux qui ne pourraient aller le constater à l’opéra,   voici la version intégrale de cet opéra-bouffe parodique qui sera justement joué à Rennes par la compagnie Les Brigands.

Les Chevaliers de la Table Ronde d’Hervé au Teatro Malibran