Gravure illustrant Carmilla, de Le Fanu.

Il faut laisser du temps aux enfants, le temps de traîner, rêver, s’ennuyer… leur créativité s’éveillera, avec les talents que tous possèdent. Le jeune Abraham Stoker, né en 1847 à Dublin, dans une famille irlandaise protestante, en est la remarquable illustration.

Jusqu’à sa huitième année, la maladie le cloue au lit. Sa mère lui raconte des récits bibliques, et nourrit son esprit des contes et des légendes de l’Irlande ancienne. Il reconnaîtra plus tard que ces années lui avaient permis de générer bien des réflexions qui lui avaient été fort utiles par la suite.

Après de sérieuses études de mathématiques, histoire et philosophie, il entreprend une carrière de journaliste, se spécialisant dans la critique dramatique. Il écrit pour le Dublin Evening Mail dont un des propriétaires est Sheridan Le Fanu, le plus célèbre auteur d’histoire de fantômes de son époque. Le Fanu avait publié en 1872 Carmilla, une fascinante nouvelle où les héroïnes sont de belles vampires à l’érotisme discret mais intense.

Bram Stoker.

Couverture de la première édition de Dracula.

Stoker délaisse peu à peu le journalisme pour se tourner vers l’écriture de romans et d’essais. Il devient, en même temps, le directeur du Lyceum Theatre de Londres, et veille à la carrière du grand acteur John Irving. Il voyage dans de nombreux pays (mais jamais en Europe de l’Est !). Il rencontre le grand explorateur Richard Burton, Walt Whitman, Conan Doyle (dont il est un lointain cousin), et Charcot, le neurologue spécialisé dans l’étude de l’hypnose et de l’hystérie.

Stoker rencontre aussi un écrivain hongrois, Armin Vambery, grand connaisseur des sombres légendes des Carpathes, et commence à se documenter sur les vampires, histoire et folklore tout à la fois. En 1890, il visite Whitby. Mais ce n’est qu’en 1897 que ses découvertes, ses recherches, ses rencontres se fondent en un roman, et qu’il publie Dracula, dont le titre initial était The Un-Dead, (le Non-Mort). Un chef d’œuvre de littérature populaire qui, on le voit, ne s’est pas écrit en un jour…

On nous pardonnera de dire que Dracula a vampirisé l’œuvre de Stoker, qui reste peu connue, à l’exception peut-être du Joyau des Sept étoiles et du Repaire du ver blanc.

Le comte aux longues canines est rapidement devenu le modèle exemplaire d’une nouvelle littérature, rejoignant la créature de Frankenstein au rang des mythes populaires. Le cinéma lui a offert une gloire mondiale, de Bella Lugosi – des rumeurs prétendent qu’il se prenait pour un vampire – à l’irremplaçable Christopher Lee.

Bela Lugosi dans Dracula de Tod Browning (1931).

Christopher Lee incarnera 10 fois le Comte Dracula entre 1958 et 1976.